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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 09:30

Le 11 septembre est un jour marqué dans l'histoire par le sang. Nous avons tous à l'esprit les évènements de 2001. Ben Laden et Al Qaida sont jugés responsables des détournements d'avions qui causèrent la mort directe de 2974 personnes. Nous assistons donc à un soutien international et à des commémorations à travers le monde entier....

Mais si la couverture médiatique et les hommages officiels qui se font pour ces attentats sont massifs, un autre évènement tout aussi important et qui fit plus de victime sur un territoire attaqué, est totalement et volontairement oublier des autorités mondiales et de leurs outils de communications: l'assacinat d'Allende par les troupes de Pinochet. Il est important de se rappeler l'histoire du Chili pour comprendre pourquoi le devoir de mémoire du Chili n'est pas respecté pour ces évènement qui pourtant causerons plus de victimes que les attentats de 2001.

Le 4 septembre 1970, Salvador Allende est élu à la tête du Chili et du gouvernement de la UP (Unité Populaire), rassemblant pour la première fois dans un gouvernement démocratique socialistes, communistes et membres de beaucoup d'autres forces de gauche. Certains dirons que les États-Unis ne sont pas intervenu directement dans la campagne électorale, même si la candidature du conservateur Jorge Alessandri fut soutenue par la compagnie International Telephone and Telegraph (ITT) (environ 350 000 dollarsaméricains). Allende, ancien ministre de la santé et ancien président du sénat, avait déjà été candidat à trois reprises. En l’absence de nouveau tour de scrutin, celui qui arrive en tête doit être confirmé par le Congrès, dominé par les démocrates chrétiens et les conservateurs. Le 24 octobre 1970, les socialistes obtiennent des démocrates chrétiens l’investiture d’Allende par la promesse de respecter les libertés et la légalité. Les alessandristes ont peur du gouvernement socialiste, alors que les peuple expriment sa joie dans la rue.

Ce gouvernement met en place une véritable politique de gauche (la réforme agraire en faveur des paysans pauvres, l'augmentation des salaires, la nationalisation de mines, de nombreuses banques, mise en place de distribution de lait pour les enfants,...). Hélas la chute du prix du cuivre d'environ un tiers de 1970 à 1972 sur les marchés mondiaux sont en grande partie responsables d'une grave inflation, accentués par la déstabilisation de l'économie par des opposants. Le gouvernement réagit et fixe le prix des denrées alimentaires.

Malgré sa réélection en 1973, l'opposition conservatrice et les démocrates chrétiens veux mobiliser à leur tour la rue. Ils organisent ou apportent leur contribution à une série de révoltes et de manifestations (la plus célèbre étant la grève des camionneurs), qui paralysent le pays alors que son économie est déjà très affaiblie par les bourses internationales. Ces mobilisations restant minoritaire, dans le même temps, on assiste à la montée en puissance de groupes paramilitaires d'extrême-droite et le pays vit une guerre civile larvée où s'opposent les milices d'extrême gauche (MIR) à ces dernières. Allende réagit publiquement et dit que "ceux qui s'opposent à une révolution pacifique rendent celle-ci inévitablement violente".

Mais cette analyse ne peut se faire sans constaté les actions des Etats Unis. Henry Kissinger, le Secrétaire d'État de Richard Nixon, avait déclaré dans un discours prononcé à l'occasion de l'élection de Salvador Allende : "Je ne vois pas pourquoi il faudrait s'arrêter et regarder un pays devenir communiste à cause de (due to the) l'irresponsabilité de son peuple."

Les États-Unis cherchent à affaiblir Allende. Les crédits accordés par les Américains au Chili passent de 300 à 30 millions de dollars et si, dans le même temps, l'aide des pays socialistes et européens sur-compense cette perte (600 millions de dollars de nouveaux crédits), le Chili demeure très dépendant des États-Unis (notamment pour des pièces détachées) et les répercussions néfastes de cette politique sont nombreuses.


Mais c'est la CIA qui est la plus active, elle disposera sur ces 3 années d'un budget de sept millions de dollars pour soutenir l'opposition à Allende. Elle l'emploiera principalement pour aider les partis politiques (démocrates-chrétiens et conservateurs, qui recevront la moitié de l'aide), les journaux anti-Allende (El Mercurio, bénéficiera à lui seul d'un cinquième de l'aide) et dans une moindre mesure des organisations privées. Les autorités américaines rechignent à aider les grévistes anti-Allende. La proposition d'un soutien a été abordée plusieurs fois au sein du Comité 40 (chargé de définir et de contrôler les activités de la CIA) mais elle a toujours été repoussée. Une partie des fonds fournis par la CIA aux partis d'opposition et aux organisations privées aurait néanmoins été donnée par ces derniers pour supporter les camionneurs. Réagissant aux nationalisations effectuées par le gouvernement d'Allende, plusieurs firmes américaines dont l'ITT apportent leur concours à cette stratégie. Quant aux para-militaires il ne serait pas étonnant qu'ils aient reçus une aide financière ou matérielle de la part de la CIA.

Puis viens le temps du sang. Pinochet fait bombarder le Palais présidentiel de la Moneda et provoquera la mort du Président Allende. Une dictature militaire s'installe alors. La répression commence pour les partisans d'Allende ou suspectés tels : le stade national sert de prison à ciel ouvert pour 40 000 personnes, 27 500 personnes seront torturées et au moins 2 279 assassinées ou portées disparues ou exécutées sommairement (Selon le rapport Rettig de 1991, le nombre de victimes de la junte militaire est de 2 279 victimes dont 641 morts « dans des conditions non élucidées » et 957 disparus. La Commission chilienne sur la prison politique et la torture dans le rapport Valech de 2004 comptabilise 33 221 arrestations arbitraires et cas de tortures entre 1973 et 1990, dont 27 255 pour des raisons politiques. Enfin, environ 200 000 personnes se sont exilées). Nous ne pouvons oublier toutes ces victimes, telle que Victor Jara, artiste engagé et ministre de la culture d'Allende à qui l'on a coupé les mains pour l'empêcher de jouer et que l'on a exécuter avec bien nombre d'anonymes qui osaient chanter en hommage à cet homme et au peuple Chilien.

Nous ne pouvons que nous douter que l'administration Nixon et la CIA ont aidé à orchestrer le coup d'État du 11 septembre 1973. Bien entendu les rapports secrets de la CIA ne  sont pas rendu public. Peut-être aurons nous la chance un jour de voir ces documents qui ont par exemple prouvé que l'armée Américaine étaient prête à organiser des attentats sur le sol américain pour l'attribuer à Cuba et conduire à une guerre totale (affaire Northwoods).

Bien entendu, il fallut que l'administration américaine se dédouane d'agissement qui aurait permis le coup d'état. Le rapport de la Commission Church du Sénat des États-Unis, en 1976, a conclu que les États-Unis n'avaient pas eu de rôle direct dans l'événement. Kissinger a affirmé par ailleurs que les grandes manœuvres américaines étaient terminées à l'époque du coup. Peter Kornbluh, chercheur au National Security Archive, qui a participé à une campagne pour la déclassification des archives de la CIA, déclare à Libération : "si les États-Unis n'ont pas directement participé au complot du 11 septembre 1973, ils ont tout fait pour préparer le coup d'État contre Allende".

Pourtant les Etats-Unis et les dictatures d'Amérique Latine, via la CIA et des services secrets d'Amérique Latine, ont durant le milieu des années 70 réaliser "l'opération Condor". Celle-ci consistait à la mise en place d'assassinat et de coup d'état pour mettre en place des dictatures en Amérique Latine plus favorable à l'économie des USA. Notamment la phase 3 de l'opération Condor, qui culmina avec l'assassinat de l'ancien ministre d'Allende, Orlando Letelier, en septembre 1976 en plein Washington. Diverses techniques de terreur étaient employées par les services secrets, allant de la noyade jusqu'à la transmission d'enregistrements sonores de cris de proches torturés aux « vols de la mort » au-dessus du Rio de la Plata. La terreur d'État visait explicitement les « guérilleros terroristes gauchistes » (Tupamaros en Uruguay, Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) au Chili, Montoneros en Argentine, etc.) au nom de la dite « doctrine de sécurité nationale », bien qu'elle ait en réalité touché n'importe quel « dissident potentiel » ainsi que leurs proches (famille et amis). La France pourrait également avoir une responsabilité dans l'exportation des techniques de guerre subversive utilisées pendant la guerre d'Algérie. De nombreux anciens membres de l'OAS ont trouvé refuge en Amérique latine. Comme l'a reconnu Pierre Messmer alors ministre des Armées, le gouvernement français a mis en place de 1959 à 1981 une mission militaire française permanente à Buenos Aires qui fournissait des conseillers aux troupes argentines. Des contacts ont également pu exister avec d'autres pays : le général Paul Aussaresses a ainsi été attaché militaire au Brésil en 1973.

Sur le plan international, le général Pinochet s'assure le soutien des États-Unis et l'approbation tacite des pays d'Europe occidentale. Les relations diplomatiques sont rompues avec la plupart des régimes communistes à l'exception de la Roumanie et de la république populaire de Chine. Les relations diplomatiques sont rompues également avec Cuba et la Corée du Nord mais par contre établies avec la Corée du Sud et le Sud-Vietnam.

Cependant Pinochet est petit à petit obligé d'assouplir le régime mis en place. La pression populaire et celle de l'ONU permet de faire changer la politique de Pinochet qui néanmoins garde la main mise sur le pouvoir. Il met en place des élections présidentielles mais ne créer pas d'assemblée représentative tout en plaçant ses amis proches dans les institutions dirigeantes. En 1988, il perd le référendum qu'il avait organisé pour se maintenir au pouvoir, doit organiser la transition démocratique, et cède le pouvoir à Patricio Aylwin (nouveau président élu) le 11 mars 1990. Il reste commandant en chef de l'armée chilienne jusqu'en 1998, puis devient sénateur à vie, en tant qu'ancien président.

Margaret Thatcher remerciera publiquement et personnellement en 1999 après sa mise en résidence surveillée au Royaume-Uni suite à un mandat d'arrêt international lancé par le juge espagnol Baltasar Garzón pour les violations des droits de l'homme commis sous le gouvernement de la junte militaire. S'exprimant en faveur de sa libération, elle le remercia en ces termes : « je suis bien consciente que vous êtes celui qui a amené la démocratie au Chili, vous avez établi une constitution appropriée à la démocratie, vous l'avez mise en œuvre, des élections ont été tenues, et enfin, conformément aux résultats, vous avez quitté le pouvoir ». C'est donc ainsi que la Grande-Bretagne remerciait le dictateur, malgré les assassinats, les tortures, malgré le coup d'état contre un gouvernement élu et malgré les 15 années de terreurs subit par le peuple Chilien. 

Beaucoup de chose se sont passée depuis au Chili. En 2006 l’élection de la socialiste Michelle Bachelet semblait être la vengeance posthume de tous ceux qui avaient payé de leurs vies leur engagement pour un Chili démocratique et social. La réalité est plus complexe.

De nouvelles élections sont en cours au Chili, pour avoir plus d'infos: http://www.alexis-corbiere.fr/index.php?

Alexis est journaliste pour le journal l'Humanité et traite dans son blog et dans ses articles de l'actualité politique Chilienne qui pour la gauche n'est d'ailleurs pas si éloigné de nos efforts pour construire le Front de Gauche.
 

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Lilian Ceballos, Les Plantes Génétiquement Modifiées insecticides : évaluation des impacts environnementaux, Ed. Rés’OGM Info, décembre 2008, 260 pages, 
http://www.resogm.org/spip.php?article95


Les médias sont-ils honnêtes lorsqu'ils parlent des mobilisations sociales ? Un livre objectif et critique !!

Henri Maler et Mathias Reymond pour l'Acrimed, Médias et mobilisations sociales La morgue et le mépris ?, Ed. Syllepse, 160 pages,
http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_342-Medias-et-mobilisations-sociales.html


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Carlo Cafiero, Abrégé du Capital de Karl Marx, Ed. Le Chien Rouge, 160 pages,
http://www.editionslechienrouge.org/catalogue/index.php?post/2009/03/01/Abr%C3%A9g%C3%A9-du-Capital-de-Karl-Marx


Pour ceux qui ne rêvent plus ! Débridez vous !!

Denis Langlois, L'utopie est morte! Vive l'utopie !, Ed. Michalon, avril 2005, 200 pages,
http://www.michalon.fr/L-utopie-est-morte-vive-l-utopie.html